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Archives et Ecriture de l'Histoire Algérienne [133]

Invité(e)




Posté le : 28/06/2005 à 09:41 (Lu 15354 fois)
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Commentaire :  Les paroles s'ent vont,les écrits restent.


ARC 2005 (1-16) - Archives Paret [Voir le Cahier de l'IHTP n° 38 : Le Comité France Maghreb, 1997]
Archives de Roger Paret (†1977) léguées à sa mort par son épouse, Ève Paret. Orientaliste renommé, Roger Paret s'est intéressé particulièrement aux questions touchant la décolonisation. Intellectuel engagé (secrétaire du Comité-France-Maghreb), journaliste (France-Observateur) il fut également chargé de mission auprès du secrétariat d'État à la Fonction publique, 1971-1974, puis conseiller auprès du délégué général à l'Information, 1974-1977.

- Le Maroc : Rapports, notes, correspondance, documentation, presse :

- 1934-1952 : le Maroc sous le régime de Vichy, 1940-1942 ; la lutte pour l'indépendance de 1934 à 1948 et de 1948 à 1952.

- Le 8 décembre 1952 et les émeutes à Casablanca (témoignages, études, documents sur la répression…) ; réactions dans la presse marocaine et française (dossier de presse : 8 décembre 1952-janvier-avril 1953)

- 1953 : le Maroc et l'Union française ; les pétitions des caïds et des pachas jusqu'à août 1953 ; événements d'août 1953, la déposition du Sultan, 20 août 1953 (témoignages, presse).

- La résistance nationaliste après la déposition du Sultan, 1954-1955 (le Croissant noir, le Parti communiste marocain, le mouvement syndical, terrorisme et contre-terrorisme…) ; le congrès extraordinaire de l'Istiqlal (décembre 1955).

- La vie politique après l'indépendance, 1960-1972 (élections municipales de 1960, évolution de la politique marocaine de 1963 à 1971).

- L'affaire Ben Barka, 1965-1966 (dossier documentaire).

- Problèmes économiques et sociaux du Maroc avant-guerre et de 1952 à 1962 (rapports, notes et documentation).

- L'Algérie (essentiellement dossiers de presse) :

- Documentation provenant du service d'information du Gouvernement général, 1946.

- Guerre d'Algérie : presse divers, 1958-1960 ; après la déclaration du GPRA du 28 septembre 1959, la relance des « bons offices » ; conférence de presse du général de Gaulle, 10 novembre 1959 et les réactions du FLN ; réunion du FLN à Tripoli, 16 décembre 1959 ; conférences et discours de De Gaulle sur la situation en Algérie, 1er semestre 1960 ; la « crise Pinay », janvier 1960 ; les relations de Gaulle/Massu et la tenue de la conférence de l'Élysée entre les responsables civils et militaires, 22 janvier 1960 ; la conférence de Tunis et les pourparlers entre les émissaires du GPRA et les délégués français à Melun, juin 1960 ; le procès des « Barricades », presse octobre 1960-mars 1961 ; procès Maurice Challe et André Zeller, presse 19 mai-2juin 1961 ; procès Denoix de Saint-Marc, presse 6 juin-22 juin 1961 ; les « ultras » après le référendum du 8 janvier 1961 ; OAS, 1962-1964 ; crise PSU/France-Observateur

- Algérie indépendante : documents : « La situation actuelle en Afrique du Nord et les nouvelles perspectives des rapports franco-maghrébins », s.d [probablement 1962], [36 pages] ; discours de Monsieur Mohamed Khemisti, ministre des Affaires étrangères, (1963), [23 pages] ; lettre, retransmise par l'AFP, de Mohamed Boudiaf, à son frère, en provenance de Saïda le 16 août 1963, relative à son enlèvement du 21 juin. Presse divers, année 1963 ; dossier sur les relations GPRA et FLN, 1962-1963 ; situation politique en Algérie et opposition à Ben Bella, 1964 ; le conflit algéro-marocain, 1963-1964 ; congrés du FLN, 1964 ; le putsch du colonel Boumedienne, presse 1964-1967 ; relations franco-algériennes, 1971.

- Relations France-Maghreb :

- Comité chrétien d'entente France-Islam, fondé par Louis Massignon en 1947 (procès-verbaux des séances, communiqués, notes, liste des membres, 1950-1953).

- Comité France-Maghreb, 1953, présidé par François Mauriac (statuts, réunions, activités publiques, conférences de presse, communiqués, trésorerie, adhésions) ; bulletins France-Maghreb ; correspondance, 1953-1954.



- Notes manuscrites (réunions, communications téléphoniques, rencontres, etc.) prises quasi quotidiennement entre août 1953 et 1955 par Roger Paret, alors secrétaire du Comité France-Maghreb (véritable éphéméride, ce document apporte des renseignements très précieux sur le mode de fonctionnement de ce groupe d'influence, sur les réseaux des Marocains nationalistes résidant à Paris, cependant, s'agissant de la photocopie de notes manuscrites, la lecture n'en est pas toujours aisée).
[16 cartons]
http://www.ihtp.cnrs.fr/bibliotheque/Archives/arc_decolo.html

http://www.ihtp.cnrs.fr/





Re: Archives et Ecriture de l'Histoire Algérienne [792]

-Zouave de l Alma-




Posté le : 26/09/2005 à 08:53 (Lu 15340 fois)
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http://vinny03.club.fr/1418.htm

ILS RECLAMENT LEURS DROITS
Les Algériens des deux guerres reviennent

Une cinquantaine d’ayants droit et de veuves d’anciens militaires de l’armée française ont décidé de s’organiser en collectif (Cavmaf) à Tiaret pour défendre et réclamer leurs droits à la France.
Ces anciens militaires avaient combattu lors des deux grandes guerres mondiales au sein de l’armée françaises. Dans une lettre ouverte, leurs ayants droit sollicitent l’intervention du président de la République pour l’obtention d’un agrément pour leur association à caractère apolitique et non lucratif. Le collectif des ayants droit et veuves de militaires de carrière de l’armée française (Cavmaf) prétend, selon le document parvenu au «Quotidien d’Oran», à «la jouissance, pour ses adhérents, de leurs pleins droits directs à la pension et, ou de droits dits dérivés de réversion concernant les veuves et les orphelins des ayants droit».

Actuellement, les adhérents du collectif mènent tous leur combat à titre individuel ou personnel, faute d’un agrément délivré à leur association par l’administration locale à Tiaret. «Au mois d’avril 2005, notre collectif a déposé un dossier complet de demande d’agrément au niveau de la wilaya de Tiaret. Curieusement, on n’a même pas eu droit à un récépissé de dépôt conformément à la loi», précise la lettre. Un courrier recommandé a été envoyé au wali le 4 mai 2005. «L’objet du refus ne nous a pas été notifié, si ce n’est le contexte actuel et le caractère sensible d’un tel agrément. Nous voulons avoir le droit de mener notre action à bon terme et faire valoir nos droits dans un cadre légal et structuré garanti par la constitution, le droit de se constituer en association», a précisé Mourad Chaâlal, un membre du collectif et rédacteur de la lettre ouverte qui ne s’explique pas le refus des autorités locales. Cette situation est d’autant plus «étrange», selon lui, qu’une association du même type a été agréée à Alger. Il s’agit de l’Association nationale des anciens combattants de l’armée française. «Faute d’agrément, nous avons manifesté notre souhait d’adhérer à l’ANDACAF et d’activer au sein de cette structure. Nous n’avons toujours pas reçu de réponse», a-t-il indiqué. Pour les membres du collectif, la situation est inextricable d’où leur appel à une intervention de Abdelaziz Bouteflika. «On n’arrive pas à se faire reconnaître par notre pays car malheureusement le caractère sensible comme ils disent de cette demande oblige la consultation préalable de la tutelle, le ministère de l’Intérieur... », précise le document en notre possession.

Le but fondamental de ce collectif est «la valorisation sociale par la reconnaissance et l’amélioration du cadre de vie de ses membres». Ces ayants droit et ayants cause s’organisent en réalité pour mieux se défendre contre le problème de la «cristallisation» des pensions voté le 26 novembre 1959 et qui permet au gouvernement français de calculer différemment les pensions aux militaires et combattants de l’armée française issus des pays colonisés de l’Afrique du Nord ou de l’Afrique subsaharienne comparativement aux pensions versées pour un militaire français ayant servi au même moment. Des mesures adoptées à partir de 1958-1959, puis en 1979 et 1981, gelaient les pensions et les retraites des anciens militaires étrangers engagés dans l’armée française et les transformaient en indemnités non indexables sur le coût de la vie. Ces mesures ont été considérées par bon nombre d’observateurs comme une spoliation en bonne et due forme, un ultime réflexe colonialiste. «Les ressortissants des anciennes colonies ayant servi dans l’armée française se voient verser pas plus de 3 à 30% des sommes versées à leurs camarades français de la Métropole, selon leur nationalité», précise la lettre. Un Algérien, un Marocain ou un Sénégalais perçoivent leur pension différemment entre eux et avec leurs «frères d’armes» français.

Il a fallu plus de 40 ans pour que ce dispositif soit remis en cause en France. Le 30 novembre 2001, le Conseil d’Etat a sanctionné les autorités françaises pour leur refus de revaloriser la pension militaire d’Amadou Diop, ancien sergent-chef sénégalais, en procès depuis 1996. Il s’était vu reconnaître ses droits et accorder une quarantaine d’années d’arriérés de pension. «Le principe du gel violait la convention européenne des Droits de l’homme et constituait une discrimination illégale», avait notamment estimé l’institution française. Le Conseil d’Etat a condamné, le 12 décembre 2001, l’Etat français pour son refus de revaloriser la pension militaire de l’ancien sergent-chef sénégalais. Obligé de se conformer à cette décision lui demandant l’égalité de traitement, le gouvernement français a pensé exaucer le voeu des anciens combattants étrangers et des associations qui défendent leurs droits mais le coût de l’alignement complet des prestations des étrangers sur celles des Français a été jugé trop élevé. 1,83 milliard d’euros pour satisfaire un peu plus de 80.000 personnes... Trop cher, les autorité ont évoqué un risque «de déstabilisation des structures sociales des pays» et une «perturbation des économies locales» face à des fortunes subites. Un argument repris par le gouvernement français pour justifier la «décristallisation» partielle adoptée par décret en novembre 2003, après deux ans de tergiversations. Une décristallisation loin d’être égalitaire car modulée en fonction du niveau de vie dans chacun des pays. Le combat que veut mener la Cavmaf s’inscrit dans ce cadre-là.

Samar Smati
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les tirailleurs, bras armé de la France coloniale

Longtemps occultée, la participation des populations coloniales aux efforts de guerre de la France est aujourd’hui un véritable enjeu de mémoire au c½ur des luttes politiques et juridiques des anciens combattants et des sans-papiers. En mettant l’accent sur la contribution de leurs aînés à la défense d’idéaux démocratiques, mis à mal par les gouvernements passés et présents de la France des colonies ou de la fermeture des frontières, ces derniers ont contribué à sortir de l’oubli des milliers d’hommes dont les sacrifices ne sont toujours pas reconnus. Il reste que l’image du tirailleur [1] libérateur de la France occupée ne permet pas d’appréhender, dans toute sa complexité, l’histoire des troupes coloniales.

C’est dès le XVIIe siècle que fut créée « la coloniale » chargée de défendre les vieilles colonies du royaume de France par des recrutements locaux afin de compléter ses « unités blanches ». Mais c’est avec la fondation du second empire colonial, au cours du XIXe siècle, que les « troupes indigènes » vont prendre une véritable importance quantitative et qualitative au sein de l’armée française.

La longue et meurtrière conquête de l’Algérie entamée en 1830 donna lieu, dès 1832, à la création de bataillons de « Turcos », fondés sur les décombres des milices ottomanes vaincues, qui seront la souche des « bataillons de tirailleurs indigènes » (1842) puis des « régiments de tirailleurs algériens » (1856). Cet exemple fut ensuite suivi en Afrique du Nord (tirailleurs tunisiens puis marocains) et de l’Ouest, avec la formation, par le général Faidherbe, dès 1857, des premiers bataillons de tirailleurs sénégalais. Ils prenaient la succession de troupes auxiliaires formées d’esclaves rachetés par l’armée française et, sous cette appellation générique, accueillirent l’ensemble des populations conquises au fur et à mesure de l’avancée de l’armée d’Afrique dans les territoires de la future Afrique occidentale française (AOF).

NOS SOLDATS D’AFRIQUE - Le tirailleur sénégalais

L’utilisation première de ces troupes fut donc bien de mener la politique de conquête et de pacification de nouvelles régions destinées à intégrer l’empire colonial français. Très vite cependant, du fait de l’efficacité et de l’ardeur au combat de certaines d’entre elles, elles furent utilisées loin de leurs bases et engagées dans les aventures extérieures du Second Empire (guerre de Crimée, 1854-56 ; intervention au Mexique, 1862-1867). Surtout, quelques bataillons furent appelés au front lors de la guerre de 1870-71. De cette époque et du traumatisme de la défaite de Sedan date d’ailleurs une nouvelle vision du potentiel de ces régiments et des territoires dont ils provenaient.

Sous l’impulsion d’officiers de l’armée d’Afrique, ces régions difficilement conquises et pacifiées acquièrent dans l’esprit d’une partie du personnel politique, jusqu’alors relativement indifférent, une importance stratégique. Cette Force noire [2] fut de plus en plus envisagée comme une « réserve d’hommes » qui permettait enfin de lutter d’égal à égal contre l’ogre démographique allemand.

Contre l’avis même des colons, peu désireux de voir les indigènes armés par la puissance contre laquelle ils se soulevaient périodiquement, de nouveaux bataillons furent formés et une conscription partielle fut même introduite en Algérie (1896) et dans les villes libres du Sénégal (Saint-Louis, Dakar...). Ce passage dans l’armée s’accompagna, pour les anciens conscrits, d’avantages (emplois ou terrains réservés) et d’évolutions de leur statut (possibilité de ne plus être soumis au code de l’indigénat) qui furent, toutefois, le plus souvent accordés sur le mode de la faveur et non du droit.

Cette place particulière des anciens combattants dans les sociétés colonisées restera une constante : leur passage progressif de privilégiés, ardents défenseurs d’une France leur faisant miroiter la marche progressive vers l’égalité de droits, à celui de francophiles aux espoirs déçus, a joué un rôle dans le basculement, quelques décennies plus tard, de certaines régions dans la lutte armée pour l’indépendance. A cet égard, les deux guerres mondiales ont d’ailleurs été des moments clés...

La mobilisation des troupes coloniales pour la guerre 1914-1918 fut sans précédent : environ 800 000 hommes ont été incorporés, plus de 70 000 y perdirent la vie [3]. Lors de la bataille des Dardanelles, les « tirailleurs sénégalais » représentaient, à eux seuls, la moitié des effectifs engagés. Cette mobilisation ne s’est pas faite sans difficultés, la solde et les avantages traditionnels n’étant plus suffisamment convaincants. Le premier député du Sénégal (de la ville libre de Saint-Louis), Blaise Diagne fut appelé à la rescousse au début de l’année 1918 pour convaincre ses électeurs, et se prononça pour une généralisation de la conscription qui, dans son esprit, devait s’accompagner d’une marche progressive vers la citoyenneté : à l’égalité dans les tranchées et devant la mort devait correspondre celle dans la société. Ses arguments ne suffirent cependant pas à convaincre les réfractaires au départ sur les champs de bataille européens.

En effet, depuis de longs mois, l’intérieur de l’AOF était secoué par des révoltes régulières contre les enrôlements forcés. Ces émeutes, d’ailleurs réprimées par les tirailleurs restés sur place, prirent une telle ampleur, que le gouverneur de l’AOF dût suspendre un temps les recrutements militaires et suggérer au gouvernement de mettre l’accent sur la contribution économique des colonies. Au renforcement des exportations vers la métropole, s’ajouta donc une contribution importante en termes de main-d’½uvre. L’exemple des travailleurs chinois est maintenant bien connu [4], mais ce sont plus de 200 000 travailleurs coloniaux (dont plus de 50 000 Indochinois) qui vinrent assurer la relève des conscrits dans les usines françaises.

« Nous ne sommes plus que des nègres »

L’horreur des combats et la peur de la mort en moins, leur statut n’était guère éloigné de celui de leurs compatriotes soldats puisque, eux aussi, étaient soumis à un statut militaire et vivaient dans des casernements surveillés par l’armée. Pour tous ces hommes, se posa, en 1918, la question du retour, le gouvernement ne tenant absolument pas à les voir s’installer sur le territoire français. Cette découverte de la métropole incita cependant certains d’entre eux à fuir les rapatriements et à s’installer définitivement ou provisoirement en France.

Pour les autres, le retour fut souvent synonyme de désillusions puisque les maigres pensions de combattants auxquelles certains avaient droit ne leur étaient de fait pas versées, et que la citoyenneté pour tous n’était toujours pas à l’ordre du jour : « lorsqu’on a besoin de nous pour nous faire tuer ou nous faire travailler, nous sommes des Français ; mais quand il s’agit de nous donner des droits, nous ne sommes plus des Français, nous sommes des nègres » [5]. A cette époque, seules la fierté d’avoir contribué à la victoire militaire et l’admiration et la peur de la puissance militaire française empêchèrent ces anciens combattants de rallier massivement les mouvements nationalistes qui, dans l’entre-deux guerres, émergeaient dans de nombreuses colonies.

La propagande des Mangin et consorts en faveur de la Force noire n’ayant eu qu’un succès limité, l’engagement des troupes coloniales, au cours de la première guerre mondiale, fut progressif et quantitativement faible (les bataillons coloniaux représentaient moins de 5 % de l’ensemble des troupes engagées dans les combats). Ce n’est qu’au fur et à mesure des batailles que le professionnalisme et la bravoure de ces troupes furent reconnus. Elles arrivèrent d’ailleurs en métropole peu expérimentées et mal préparées. De nombreux bataillons restèrent ainsi en réserve et l’inadaptation climatique et la maladie tuèrent au moins autant que les combats.

Lors de la seconde guerre mondiale, la situation fut tout autre : les troupes coloniales furent d’emblée massivement intégrées aux plans de bataille et, placées en première ligne, elles payèrent un très lourd tribut lors des combats de mai et juin 1940 [6]. Avec la défaite, les nombreux prisonniers furent enfermés dans des camps de travail au service de l’effort de guerre allemand, en métropole ou outre-Rhin. Ils furent la cible d’une intense propagande de la part des services allemands qui essayaient de s’appuyer sur les sentiments nationalistes des originaires d’Afrique du Nord notamment.

A la Libération, tant dans les départements algériens qu’en AOF, les autorités locales mirent en garde Paris sur les risques politiques liés au rapatriement de ces prisonniers « retournés » par l’Allemagne ou, en tout cas, facilement enclins à alimenter la contestation sociale et politique. Les désarmements, contrôles d’identité et d’états de service préalables au retour donnèrent lieu à de multiples incidents, les soldats coloniaux supportant mal que leur contribution patriotique et militaire soit l’objet de suspicion. Nombre d’entre eux étaient en effet membres de l’armée d’Afrique à partir de laquelle la France libre se lança dans la reconquête du territoire national. En 1944, ils représentaient ainsi la moitié des troupes ayant débarqué en Provence. Ces troupes furent cependant « blanchies » [7] au fur et à mesure de leurs avancées : de Gaulle privilégiant l’intégration des groupes de résistants à la 1re armée, il choisit, face à la pénurie de moyens, de désarmer une partie des bataillons de tirailleurs afin d’équiper ces nouveaux combattants.

La frustration de se voir déposséder d’un rôle central, les suspicions des autorités françaises déjà évoquées et surtout les promesses matérielles non tenues furent à l’origine du soulèvement du camp de Thiaroye (banlieue de Dakar). Le 1er décembre 1944, les troupes françaises ouvrirent le feu sur 1 280 tirailleurs en cours de rapatriement. Le lourd bilan (35 tués, 35 blessés graves...) suffit, à lui seul, à démontrer la complexité du rôle et de l’état d’esprit des troupes coloniales à la Libération : fêtées en métropole par la population en liesse mais réprimées et ayant toutes les difficultés pour faire valoir leurs droits dès lors qu’elles réintégraient leurs régions d’origine.

Le racisme des sociétés coloniales est d’ailleurs souvent opposé à la fraternité au sein des unités combattantes. Il est vrai que, pour beaucoup d’engagés coloniaux, cette voie était aussi un moyen d’échapper aux discriminations et charges auxquelles les assujettissaient le code de l’indigénat et autres législations d’exception. De plus, quand ils avaient l’occasion de servir en métropole, nombreux étaient ceux qui remarquaient que la population locale était moins xénophobe que les colons. Il n’en reste pas moins que, faisant preuve d’un paternalisme indéniable, l’armée française était loin d’être égalitaire. Avancement lent et bloqué, impossibilité de commander des troupes non indigènes, placement sous les ordres de métropolitains moins gradés étaient le lot commun des rares officiers africains.

Ces discriminations et ségrégations (mess séparé, voyage sur des bateaux différents...) ont perduré, sinon légalement, du moins dans les faits, à la Libération. Elles expliquent en partie le ralliement progressif d’une partie des anciens combattants coloniaux à la cause nationaliste et le passage à l’ennemi lors des guerres d’Indochine et surtout d’Algérie de nombreux cadres de l’armée française. Ces ralliements ne furent cependant pas systématiques et eurent lieu le plus souvent tardivement ; la plupart des officiers algériens ralliés à l’Armée de libération nationale avaient ainsi combattu en Indochine et ne rejoignirent l’ALN qu’en 1957-1958.

Dès la fin de la seconde guerre mondiale, les bataillons de tirailleurs furent en effet massivement utilisés lors des multiples conflits coloniaux (en Indochine surtout, où près d’un combattant sur deux était originaire des colonies, mais aussi lors de l’insurrection de 1947 à Madagascar ou, à plusieurs reprises, en Tunisie et au Maroc). Le commandement français se faisait fort d’ailleurs de manipuler les ressentiments et oppositions entre les différentes populations coloniales pour mieux maintenir l’ordre.

Même si des bataillons de Marocains et de Tunisiens refusèrent d’aller servir en Algérie au début des « événements », ou qu’au cours de cette guerre, la méfiance sur la fidélité des troupes coloniales ne cessa de grandir, cette période de l’après seconde guerre mondiale est aussi celle où les troupes coloniales se professionnalisent vraiment et voient leurs modes d’engagement se multiplier (elles sont ainsi utilisées pour le maintien de l’ordre en métropole, notamment en 1948 lors de la grande grève des mineurs). Le nombre de ceux qui obtinrent alors le droit à une pension de retraite, et non pas à la seule retraite du combattant, augmenta donc fortement.

Ce constat et la perpétuation de logiques discriminatoires ancrées dans l’histoire de ces troupes conduiront à la cristallisation des pensions à partir de 1958.

Les Chinois de 14-18

Quatorze juillet 2000, huit heures du matin, place de la République : une petite foule bruyante de soixante sans-papiers chinois, accompagnés de quelques amis français, embarquent à bord d’un car qui prend aussitôt le chemin du Nord. Ces sans-papiers appartiennent au Troisième collectif et ont décidé d’aller rendre hommage à leurs compatriotes tombés au service de la France pendant la guerre de 1914-1918.

Ce sont en effet quelque 140 000 ressortissants chinois qui ont été amenés en France par les gouvernements français et anglais pour travailler soit dans les usines de munitions, soit dans les chantiers de creusement ou de remblaiement des tranchées, soit encore au déminage. Appâtés par des promesses qui ne seront pas toujours tenues, ils sont traités très durement ; la promiscuité, le froid, le manque d’hygiène font des ravages parmi eux ; sur le trajet qui conduit des camps où ils sont parqués à leur lieu de travail, ils sont souvent insultés par la population. Plusieurs milliers d’entre eux y laisseront leur vie. Quelque huit cents de ces victimes sont inhumées au cimetière de Noyelles-sur-Mer, à proximité d’Abbeville, et c’est dans ce cimetière, entretenu par le gouvernement britannique, que les sans-papiers du Troisième collectif se rendent en ce 14 juillet 2000.

Accueillie par la secrétaire de la section de la Ligue des droits de l’homme d’Abbeville, la délégation parcourt silencieusement les allées, afin de lire et de relire les épitaphes gravées sur les stèles. Puis une gerbe est déposée, portant une inscription ainsi rédigée :


Aux travailleurs chinois de 1917-1920
morts pour la France,
Les travailleurs chinois de 1997-2000
rejetés par la France.

Après quelques brèves interventions rappelant l’histoire du site et la situation actuelle, après une copieuse séance de photos, les voyageurs se dispersent quelques instants aux abords du cimetière. Puis c’est l’heure du retour ; la délégation revient à Paris avec le sentiment qu’un peu de justice a été rendue.


Pour en savoir plus :

Clayton Antony, Histoire de l’armée française en Afrique 1830-1962, Albin Michel, 1994.

Recham Belkhacem, Les musulmans algériens dans l’armée française (1919-1962), l’Harmattan, 1996.

Kamian Bakari, Des tranchées de Verdun à l’église Saint-Bernard. 80 000 combattants maliens au service de la France(1914-1918 et 1939-1945), Karthala, 2001.

Michel Marc, L’appel à l’Afrique. Contributions et réactions à l’effort de guerre en AOF (1914-1919), publications de la Sorbonne, 1982.

Echenberg Myron, Colonial conscripts. The tirailleurs sénégalais in French West Africa 1857-1960, Portsmouth, Heinemann, London, James Currey, 1991.

Cet article a été initialement publié dans Plein Droit, la revue du GISTI n° 56, mars 2003 : « Les spoliés de la décolonisation ».

[1] Tirailleur : celui qui tire en tous sens [dictionnaire le Robert].

[2] Le général Mangin (1866-1925), auteur de la Force noire (1910) est de ceux qui ont beaucoup fait pour la diffusion de cette idée et la catégorisation des combattants dans une perspective culturaliste voire raciste.

Il aurait accompagné l’envoi d’un contingent de troupes africaines vers les champs de bataille de la première guerre mondiale du commentaire suivant : « à consommer avant l’hiver, ne supportent pas le froid ». (Note ajoutée le 23 août 2004 - source Le Soleil).

[3] Les pertes françaises totales sont de 1,3 million d’hommes sur plus de 5 millions de combattants. Cette proportion de décès est la même dans les troupes coloniales engagées sur le front.

[4] Yu-Sion Live, « Les travailleurs chinois et l’effort de guerre », Hommes et migrations, n° 1148, novembre 1991, pp.12-15.

[5] Senghor Lamine (aucun lien de parenté avec le poète) dans la revue La voix des nègres, mars 1927, cité par Dewitte Philippe, « La dette du sang », Hommes et migrations, novembre 1991, n° 1148, pp.8-11.

[6] Environ 40 % des soldats d’AOF et d’AEF engagés en 1939-1940 trouvèrent la mort alors que le taux de mortalité des combattants « Français de France » ne fut que de 3 %.

[7] L’expression était couramment utilisée pour désigner l’augmentation de la proportion de métropolitains dans les troupes coloniales.

http://www.ldh-toulon.net/article.php3?id_article=297

http://www.ldh-toulon.net/IMG/jpg/le_tirailleur_senegalais2.jpg





Re: Archives et Ecriture de l'Histoire Algérienne [3219]

Arslane

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Posté le : 01/12/2007 à 11:50 (Lu 14866 fois)
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"Plutot Bataille de l'Algérie Bataille de l'Homme "

Jacques Pâris de Bollardière, né le 16 décembre 1907 à Châteaubriant (Loire-Atlantique) et mort le 22 février 1986 au Vieux-Talhouët, Guidel (Morbihan), est un officier de l’armée française, combattant de la Seconde Guerre mondiale, de la guerre d'Indochine et de la guerre d'Algérie. C'est également une des figures de la non-violence en France.



Re: Archives et Ecriture de l'Histoire Algérienne [3435]

Arslane

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Posté le : 04/05/2008 à 10:40 (Lu 14405 fois)
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Un nouveau projet de loi : Les archives algériennes reviennent à l'Assemblée française
par Mohamed Salah Boureni

Dès 2012, les chercheurs français et algériens auraient accès aux archives de toute la période de la guerre de libération nationale, alors qu'aujourd'hui, ils ne peuvent consulter les documents classifiés postérieurs à 1948.

C'est ce que stipule un projet de loi soumis par le gouvernement français au parlement et dont l'objectif est d'assouplir les conditions d'accès aux archives. Un objectif d'ouverture, dit-on au niveau de l'ambassade de France en Algérie, dans la mesure où ce projet de loi réduit les différents délais de consultation des archives. Dans ce contexte, il y a lieu de relever le cas des documents classés « secret défense » dont le délai de consultation a été ramené de 60 ans à 50 ans. L'Assemblée nationale française a voté le texte dans son esprit initial, autrement dit, un délai de consultation des archives ramené à 50 ans. Mais ce n'est pas pour autant acquis puisque le sénat, qui avait voté, rappelons-le, un amendement prévoyant un délai de 75 ans pour les documents susceptibles de porter atteinte à la vie privée des individus, doit à son tour se prononcer sur ce texte qui lui a été transmis. En cas de désaccord, il repassera pour le vote final à l'Assemblée. L'amendement, introduit par le sénat français, a suscité des réactions de la part de nombreux historiens dont Benjamin Stora. Ce dernier estime, à propos de l'amendement qui durcit l'accès aux archives relatives à la vie privée, faisant passer les délais de 50 à 75 ans, que parmi les dossiers « inconsultables » figurent les archives relatives à la pratique de la torture durant la guerre de libération nationale. »Depuis très longtemps, les historiens professionnels demandent que la loi soit dépoussiérée. On se bat pour un accès aux archives, dites privées, au bout de cinquante ans, et contre le projet de rendre « incommunicable » ce qui relève de la sûreté de l'Etat, car c'est insensé», a indiqué Benjamin Stora dans un entretien publié par le journal «Ouest France». Le non-accès aux archives privées, dira Stora, rend difficile le travail des historiens estimant que l'histoire, aujourd'hui, ne peut pas se réduire à la vie politique, économique et sociale d'une époque pour expliquer que la frontière entre vie publique et vie privée est fragile. «Cela fait longtemps que les historiens ont investi le territoire de la vie privée», devait-il indiquer, en affirmant que «fermer certaines archives entrave l'accès à des périodes lourdes de l'histoire française». Dans le même entretien, l'historien français explique que «la France est déjà très en retard» sur la question d'accès aux archives, par rapport aux Etats-Unis, à la Grande-Bretagne et à l'Allemagne.» Aujourd'hui, aux USA, on peut écrire une histoire de la guerre du Vietnam à partir des archives du Pentagone», a-t-il précisé. Et de souligner que «l'accès aux archives est une question majeure qui touche au droit à l'information des citoyens, au droit à la mémoire et à l'histoire» . Benjamin Stora ne manquera pas d'avertir «contre le danger représenté par Internet qui guette les jeunes chercheurs qui seront confrontés à une fermeture des archives. Ces derniers, ajoutera l'historien, iront chercher leur pitance sur Internet qui est un réservoir à fantasmes. Des tonnes d'archives aux origines douteuses s'y déversent à flux tendu», indiquera-t-il. Et d'ajouter que «si on ne peut pas les confronter et les recouper avec les archives étatiques, policières, militaires, judiciaires, le risque est grand de voir la source Internet tout envahir. Et l'histoire devenir imaginaire». L'ambassade de France en Algérie estime, pour sa part, que les inquiétudes, dont la presse s'est fait l'écho, ne sont pas justifiées. Ceci, en expliquant que le gouvernement français souhaite un accès plus facile à ses archives, y compris celles qui ont trait à la période de la guerre de libération nationale.

L'ambassade rappelle que la France a proposé, à plusieurs reprises, de mettre en place un groupe de travail d'experts français et algériens pour faciliter l'accès des chercheurs algériens à ses archives, y compris celles qui sont encore ou resteraient couvertes par les délais de protection, qui pourraient faire l'objet de dérogations.

«Le but des autorités françaises est de faciliter l'accès des chercheurs français et algériens aux archives, en évitant l'instrumentalisation de ce dossier à des fins politiques », indiquera enfin la chancellerie française.
__________________________________________________________

...et archives incommunicables veut dire que les historiens travailleront sur les "communiqués" des députés qui votent des lois...pour l'amnésie internationale.

Re: Archives et Ecriture de l'Histoire Algérienne [3479]

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Posté le : 27/05/2008 à 19:19 (Lu 14366 fois)
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Pourquoi ce site
Début 2003, un certains nombres de réfractaires non-violent à la guerre d’Algérie décident de convoquer dans ces termes une réunion rassemblant acteurs et sympathisants de ce combat :

Maintenant que du temps s’est écoulé et que les archives ainsi que les mémoires s’ouvrent, on parle et on écrit sur les différents mouvements qui ont pris une part active dans la lutte anti coloniale, antimilitariste ou le soutien à la lutte du peuple algérien pour sa libération entre 54 et 62, il n’est jamais fait état des actions, certes individuelles dans la démarche et la motivation (pas de support idéologique, politique, etc... structuré) mais qui ont convergé vers l’Action Civique Non Violente, pour, refusant le port des armes en Algérie, demander l’instauration d’un Service Civil.

Ni insoumis, ni objecteur, ni militant politique, ni porteur de valises,... ou du moins pas déclarés ou organisés formellement comme tels, sans avoir marqué l’histoire, nous y avons pris notre place et représentons toujours une sensibilité qui mérite d’être étudiée et diffusée pour servir dans des situations analogues.

Un certains nombre de projets ont vu le jour.
un livre rassemblant tous les documents sur notre histoire.
un film sur le même sujet

reference du site:
http://www.refractairesnonviolentsalgerie1959a63.org/
http://dzlit.free.fr/efraters.html








Re: Archives et Ecriture de l'Histoire Algérienne [3496]

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El-Tarf : Frantz Fanon revient
par A. Ouélaa

La 4e rencontre sur la pensée de Frantz Fanon s'est ouverte avant-hier au centre universitaire d'El-Tarf en présence d'un nombreux public composé essentiellement d'étudiants, de chercheurs, amis et compagnons de ce militant de la cause nationale ainsi que son fils Olivier Fanon, demeuré fidèle à ces rencontres depuis leur lancement voilà cinq ans.

Commentant sa dernière oeuvre littéraire achevée un mois avant sa mort en 1961, la première communication était celle de Alice Cherki sur les Damnés de la terre. D'emblée l'oratrice dira que le livre a été au début interdit de parution par les autorités françaises de l'époque, pour atteinte à la sécurité de l'Etat.

S'agissant de l'essence du roman, elle dira que c'est un véritable appel, voire un manifeste pour la lutte anticoloniale et l'émancipation du tiers-monde. Le message est toujours d'actualité à un moment où dans la dynamique du concept de la globalisation, le fossé est toujours grand entre riches et pauvres, entre nantis et démunis non sans mettre en exergue des troubles traumatiques, psychiques causés au peuple algérien. Quant à l'écriture, vivante, sensorielle et imagée, elle est toujours d'actualité dans un monde où les écarts entre le Nord et le Sud sont criardes où, face à l'opulence des uns, règne la précarité des autres. La deuxième intervention était le témoignage sur les affres de la colonisation illustrée d'une manière simple et directe par Louisa Ighil qui n'a pas manqué de dresser une volée de bois contre ce qu'elle a qualifié de révisionnistes sur la colonisation jusqu'à dénoncer la volonté des parlementaires français.

Enfin, tables rondes, débats et autres communications étaient au menu de cette rencontre sur les conflits chauds de la planète et les séquelles qu'endurent les peuples en butte à l'oppression, à la violence, à tout ce qui est décadent et dévalorisant de la dimension humaine dans le sens noble du terme.



Re: Archives et Ecriture de l'Histoire Algérienne [3501]

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A contre-courant du forcing de la «nostalgérie»: Naissance d'une association des «pieds-noirs progressistes»


Les initiateurs de la loi du 23 février 2005 ont dû imaginer une somme d'effets sauf celui-ci: susciter un sentiment pied-noir à contre-courant de la «nostalgérie».
Trois ans après avoir soufflé - par calcul électoral - sur les feux mal éteints de la guerre d'Algérie, les élus de l'UMP subissent un effet boomerang.

Des Français et des Franco-Algériens se sont donné la main pour jeter les bases d'une «Association des pieds-noirs progressistes et de leurs amis». Une sorte de parade aux «velléités des nostalgiques de l'Algérie française» et du colonialisme.

Charge symbolique forte, l'association a annoncé sa venue au monde voici quelques jours à l'hôtel de ville de Paris en présence d'historiens de la séquence coloniale (Harbi, Stora, Manceron). A l'initiative de la Ligue des droits de l'homme (LDH), ces derniers étaient venus débattre de l'imaginaire des pieds-noirs.

Une première depuis le dénouement du conflit, l'association vient rompre la logique qui a présidé jusque-là à l'organisation associative de la communauté des «rapatriés d'Algérie». Au risque de susciter l'ire des «nostalgériques» et de se les mettre à dos, l'»Association des pieds-noirs progressistes et de leurs amis» entend peser dans le débat miné sur la page algérienne.

«Face à la persistance de la falsification, de la haine, de la violence visant à instrumentaliser les mémoires», l'association estime urgent «de combler un vide qui permet à des associations de pieds-noirs nostalgiques ou, plus gravement, proches de l'extrême droite de parler, d'agir, de �'témoigner' au nom de tous les Français d'Afrique du Nord».

Le regroupement couronne des mois d'échanges et de rencontres sur fond d'agitation des partisans de la «nostalgérie» au rang desquels d'ex-activistes de l'OAS. Selon la déclaration statutaire mise en ligne sur le site de la section de Toulon de la LDH, l'association a choisi d'élire domicile à Perpignan, là même où les partisans de l'»Algérie française» ont choisi d'ériger le très controversé «mur des disparus».

Dans le registre des membres fondateurs, l'association compte des membres qui, depuis trois ans, se mobilisent contre l'édification de lieux de mémoires «nostalgériques». Outre des pieds-noirs, s'y côtoient le Dr Jean-Philippe Ould Aoudia, fils de Salah, assassiné par l'OAS en même temps que Mouloud Feraoun, de Max Marchand et de trois autres compagnons le 15 mars 1962 à Ben Aknoun, l'historien Ruscio Alain, la journaliste Rosa Moussaoui de l'Humanité, etc.

L'association se dit ouverte à tous les Français nés en Afrique du Nord désireux de «contribuer par leurs témoignages à faire connaître ce que fut la réalité des régimes colonialistes dans les pays qui les ont vu naître eux et leurs ascendants et auxquels ils portent un attachement que rien ne pourra entamer».

Au premier rang de ses objectifs, elle vise à «montrer que si les Algériens furent exploités et martyrisés, les pieds-noirs d'Algérie n'en furent pas moins, et bien que la majorité s'en défende, des victimes du colonialisme de l'Etat français». A l'opposé du discours «nostalgérique», elle entend rappeler «à partir du vécu et des réflexions de ses adhérents, confrontées aux travaux des historiens, que l'Algérie algérienne était inscrite dans l'Histoire».



Re: Archives et Ecriture de l'Histoire Algérienne [3528]

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Posté le : 21/06/2008 à 09:55 (Lu 14287 fois)
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France-Algérie : La mémoire au menu des discussions
par L'un de Nos Correspondants à Paris: S. Raouf

Contentieux le plus dommageable pour les relations franco-algériennes, le «passé qui ne passe pas» s'invite, une nouvelle fois, aux causeries officielles. Immanquablement, la page coloniale sera à l'ordre du jour de la visite à Alger du Premier ministre français.

En emmenant avec lui une vingtaine de chefs d'entreprise et de capitaines d'industrie, François Fillon entend mettre le cap sur une ligne de conduite déjà dessinée par Nicolas Sarkozy. A l'image de son patron, le locataire de Matignon veut poursuivre «l'écriture à l'encre économique d'une nouvelle page des relations» entre Paris et Alger, selon la formule imagée de l'agence Reuters.

Reste qu'une «pesante mémoire commune continue d'affleurer entre les lignes». Pour preuve, les prises de position qui, périodiquement, rappellent combien la «guerre longtemps sans nom» n'en finit pas de bousculer l'agenda franco-algérien.

Difficile de spéculer si le sujet rebondira sur les lèvres de Bouteflika, de Belkhadem ou de François Fillon. Une certitude: le passé colonial est appelé à nourrir les discussions. Le Premier ministre français évoquera le sujet, si l'on en croit son entourage cité par Reuters.

Après une longue accalmie, la guerre d'Algérie a rebondi dans les esprits, entraînée par la loi française du 23 février 2005 sur le «rôle positif de la colonisation». Inspiré pour des motifs électoraux par des députés du midi et du sud de la France - terres d'attache des rapatriés d'Algérie -, le texte a fait voler en éclats le projet de traité d'amitié voulu par Chirac et Bouteflika.

Depuis, rappelant à la France ses «crimes coloniaux», les Algériens ne cessent d'exiger du gouvernement français une «repentance». Nicolas Sarkozy en tête, la classe politique hexagonale, toutes couleurs confondues, refuse sans faillir toute idée de repentance. Depuis une année, les officiels algériens ont tempéré leur discours. «Famille révolutionnaire» mise à part, l'exigence de repentance s'est éclipsée des déclarations. En atteste une interview accordée voici un an par le chef du gouvernement au «Monde». Abdelaziz Belkhadem, tout comme le ministre de l'Intérieur Noureddine Yazid Zerhouni, se gardent d'évoquer le mot «repentance». A la place, ils insistent sur une «nécessaire reconnaissance des faits» commis par la France coloniale.

En visite à Constantine à la fin de sa visite d'Etat (décembre 2007), Nicolas Sarkozy avait qualifié le colonialisme de «système injuste» et qualifié d'»impardonnables» les «fautes et les crimes» commis perpétrés pendant la guerre d'Algérie. Plus tard, l'ambassadeur de France à Alger, Bernard Bajolet, avait utilisé le terme de «massacres» en parlant de la répression des manifestations du 8 mai 1945.

L'historien Benjamin Stora y voit les signes d'une détente sur le front mémoriel franco-algérien. Dans une récente interview à l'hebdomadaire «Le Point», le biographe de Messali Hadj et de Ferhat Abbas n'exclut pas une avancée vers des mémoires apaisées à défaut d'être réconciliées.

Interviewé au retour de Guelma où il avait participé à un colloque sur la répression de mai 1945, Stora a commenté en termes forts la prise de position de Bernard Bajolet. «C'est très important, fondamental», dit-il. «C'est la première fois qu'un représentant de la France évoque» au sujet événements de Sétif et de Guelma l'expression d'»épouvantables massacres».

Aux yeux de l'historien, «cela reconnaît la blessure de l'autre, et c'est finalement ce que demandent les Algériens». Du propos de Nicolas Sarkozy devant les étudiants de l'université Mentouri de Constantine, Benjamin Stora parle du «premier discours important d'un chef d'Etat français» sur la page coloniale. «On avance vers une plus juste mémoire», affirme-t-il.





Re: Archives et Ecriture de l'Histoire Algérienne [3574]

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Posté le : 29/11/2008 à 10:30 (Lu 13750 fois)
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Les révélations de Chadli


Malgré son étendue, l’amphithéâtre du centre universitaire d’El-Tarf s’est avéré exigu pour contenir l’assistance nombreuse venue prendre part à la 1re rencontre sur la base de l’Est où pêle-mêle se retrouvaient des responsables locaux dont le wali, les maires et autres élus ainsi que le S/G de l’organisation des Moudjahidines et l’ex-président de la République, Chadli Bendjedid auquel un accueil chaleureux a été réservé.

Si les intervenants ont été succincts dans leurs interventions à l’image de Saïd Abadou qui a évoqué le rôle de la base de l’Est durant la guerre de Libération, en tant que lieu de transit des vivres et de l’armement, celle de Chadli Bendjedid aura été la plus longue, plus de deux heures.

Composée essentiellement de la famille révolutionnaire, l’assistance a écouté avec attention l’intervention de celui qui a été président de la République pendant douze ans.

A propos de la création de la base de l’Est Chadli dira: «il est temps de dire quelques vérités. La base de l’Est est née à la suite de dissensions et d’une crise des fidayine de la zone de Souk Ahras avec le CCE (Comité de coordination et d’exécution du FLN avant le congrès de la Soummam). Nous étions taxés de perturbateurs et cela aurait pu nous porter préjudice et même nous coûter une condamnation à mort. Amara Bouglez a alors contacté Krim Belkacem qui a envoyé Amar Ouamrane. La réunion a eu lieu en Tunisie. La base de l’Est a toujours été en conflit avec les «3B» (Krim Belkacem, Bentoubal, Abdehafid Boussouf). Et d’ajouter: «ce n’est pas le CCE qui commandait la Révolution, ce sont les «3B». La direction de la Révolution a toujours été divisée à cause des conflits internes, des dissensions, des rivalités des dirigeants pour des intérêts étroits, pour la responsabilité. Je dis qu’il faut en parler et en témoigner. Les rivalités entre les chefs ont mené à des crises très graves qui ont mis en danger le cours de la Révolution».

Chadli cite des cas où ces rivalités entre chefs ont manqué de provoquer un affrontement entre les fédayine de la base de l’Est et l’armée tunisienne. «Ils ont même fomenté un complot contre Bourguiba pour le remplacer par Salah Benyoucef». Les conflits avec le CCE étaient tels «qu’ils nous ont envoyé des conseillers militaires de la «promotion Lacoste» pour nous espionner». Les tensions étaient telles que le CEE a rencontré des difficultés avec les 3 zones de la base de l’Est pour contrer les projets des lignes Challe et Morice. Il y avait une défiance des uns à l’égard des autres. Ceci va mener à une crise profonde qui sera le motif de «la rencontre des commandants» avec Boumediène.

Chadli va ainsi, de témoignages en anecdotes, passer en revue plusieurs épisodes de la guerre de Libération, en soulignant que les rivalités étaient omniprésentes et contribuaient au cours donné à la Révolution jusqu’à la réunion de Tripoli, de juin 1962. Il dira à ce sujet: «j’étais d’accord pour le coup de force militaire car les rivalités, les appétits, les conflits entre les chefs étaient si forts que j’étais convaincu que seule la force pouvait apporter le répit et je l’ai dit à Boumediène. A ce propos, je tiens à rendre hommage ici à Mohand Oulhadj qui a oeuvré, en grand patriote, pour réduire la confrontation». «Le premier président devait être Boudiaf qui sortait de prison, Ben Bella était hésitant», ajoute Chadli.

«Je jure que ce que je rapporte est la vérité car ces faits je les ai vécus et ne m’ont pas été rapportés. J’appelle les historiens à être neutres et objectifs pour que personne ne puisse se prévaloir d’une légitimité aux dépends de ses frères de combat, surtout ceux tombés au champ d’honneur. Je jure que durant toute cette période, je n’ai jamais cherché à être chef. Toutes les responsabilités que j’ai exercées m’ont été imposées».

«Sur son lit de mort en Russie, Boumediène a délégué une personne dont je ne citerai pas le nom pour me dire «Chadli doit me remplacer à la tête de l’Etat», mais ce délégué est allé voir d’autres personnes avant de venir m’apporter le message. En ma qualité de membre du Conseil de la Révolution et chef de la 2e Région militaire, je n’ai jamais dit aux militaires de me porter à la présidence mais il est vrai qu’ils ont dit vous avez le choix entre Chadli et Bendjedid»

Concernant Ben-Bella, il dira qu’il n’avait pas le souci d’écrire l’histoire telle qu’elle devait être écrite. Il rapporte l’histoire de Larbi Berredjem qui, en faisant remarquer à Ben-Bella la nécessité d’écrire l’histoire pour les générations futures s’est vu rabroué et répondre «les générations futures n’ont pas besoin de l’histoire».

Concernant l’affaire Chaâbani, Chadli dira: «nous avons tout fait pour que le président (Ben Bella) revienne sur sa décision de l’exécuter et nous n’avons pas compris l’acharnement et l’empressement pour le mettre à mort».

«Je n’ai pas parlé depuis que j’ai quitté le pouvoir et je n’ai pas répondu à toutes les accusations et mensonges qu’on a racontés. Je trouve que le moment est venu de dire certaines choses pour rétablir la vérité mais aussi pour l’histoire».

Continuant ces révélations, il dira: «Tahar est un ami. Je l’ai connu bien avant de connaître Boumédiène. Je lui ai dit que je n’utiliserai pas la force et je n’ai envoyé que les «bazoukistes» contre ses chars. C’est un ami mais Zbiri, à la tête de l’Etat, aurait été un désastre».

Et Chadli Bendjedid de conclure: «à la veille d’octobre 88, au bout de 12 ans à la présidence, je suis arrivé à la conclusion que le régime était condamné à disparaître et les réformes que j’ai annoncées ont soulevé des résistances dans le sérail. Je voulais aller vers un régime parlementaire. Depuis on fait le serment sur le Coran de respecter la constitution et on fait autre chose. Je ne suis pas de ceux là!!!

En marge de la rencontre le S/G de l’ONM dira à la presse que les Algériens ne sont pas concernés par les indemnisations prévues par la France concernant les essais nucléaires de Reggane ou les mines. Les indemnisations iront aux soldats français et aux Algériens enrôlés dans leur armée.





Re: Archives et Ecriture de l'Histoire Algérienne

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Chadli Bendjedid ou l'amnésie comme mode d'orientation de la conscience nationale
par Ammar Koroghli *

C'est ainsi que, dès 1986, la libéralisation de l'économie va se traduire progressivement par un certain nombre de mesures, parmi lesquelles la suppression de l'agrément administratif de tout projet d'investissement, la levée des limitations des crédits bancaires, l'autorisation des comptes devises ouverts aux citoyens et la création de huit fonds de participation (industries agroalimentaires, construction, biens d'équipement, chimie, pétrochimie et pharmacie, électronique, télécommunications et informatique) qui a procédé à la délimitation entre les pouvoirs de propriétaire du capital de l'entreprise et les prérogatives de gestion. En fait, l'Etat a transféré à ces fonds les actions émises à son profit par les entreprises. Une question se pose alors : si les textes ont entendu supprimer la tutelle ministérielle directe, peut-on dire pour autant que ce système ne permet pas à ces fonds de s'ériger en nouvelles tutelles administratives ou en appareil de planification alors même que disparaît la tutelle de gestion à travers le code des marchés publics, la commission des marchés internes et externes, les comités interministériels de surveillance des échanges externes et le comité national des grands équilibres (instances qui faisaient le lit de la bureaucratisation de l'économie, du dirigisme absolu de l'Etat). Les sociétés mixtes et la codification des investissements étrangers en Algérie parachèvent la fin du capitalisme d'Etat périphérique au profit de l'ouverture vers un capitalisme dit libéral ou économie de marché afin d'aider à la substitution des recettes provenant des hydrocarbures. Ainsi, pourrait-on dire, l'Algérie était en transition vers un libéralisme «spécifique». Pourquoi ne devrait-on pas le qualifier ainsi dès lors que l'Algérie demeure en transition chronique et un champ d'expérimentation perpétuelle, sans que la question du pouvoir soit définitivement tranchée ?

L'épisode Merbah confirme la lutte d'influences par appareils interposés en vue du contrôle du pouvoir politique. A l'origine, il semblerait que la nomination de celui-ci au poste de Premier ministre était due à ses liens avec les éléments de la «vieille garde du FLN». Il se révéla un «obstacle à la démocratisation»; en attesteraient par exemple, le mouvement des walis et de diplomates, la nomination de M. Khellef au poste de Secrétaire d'Etat aux Affaires maghrébines et les modalités d'application de la libéralisation économique, à telle enseigne qu'entre le président et le Premier ministre «la polémique s'était transformée en invectives publiques par entourages interposés» (1); est-ce parce que, comme a pu l'affirmer l'APS, Merbah avait la volonté de «s'ériger en alternative pour la magistrature suprême» ? (2). Quoi qu'il en soit, sitôt nommé, M. Hamrouche présenta son programme où il s'agissait, pour l'essentiel, d'améliorer les «dispositifs de démocratisation» et de lutter «contre la gestion administrative de l'économie», ne manquant pas d'indiquer vouloir réaliser «le maximum de justice sociale». Le programme parle également de réformes économiques visant à «développer la rationalité dans le secteur public... afin qu'il demeure le levier puissant et incontournable du progrès économique et social» et empêcher «la reproduction des clientélismes et des oligarchies de toute nature» (3). Ainsi, Chadli Bendjedid, à la 3ème session du comité central du FLN, a appelé à une «politique de la transparence», à une «méthode qui favorise la participation de tous», il afficha la volonté dans l'application des réformes, par l'entremise du FLN qu'il souhaite voir «influer sur les autres parties» (4).




«Cercle présidentiel» et « capitalisme aveugle »




Vieux réflexe du monopartisme, tactique et clin d'oeil à la fraction de la direction du FLN qui échappait à son autorité, ou mise en place organisée du système du parti dominant ? En fait, le congrès extraordinaire du FLN, tenu en novembre 89, a montré les lézardes du pouvoir politique, dans la mesure où «le cercle présidentiel» technocratisé et composé de «réformateurs» n'avait trouvé l'alliance qu'avec un noyau dans la direction du FLN. Ainsi, d'anciens cadres dirigeants de ce même parti réclamèrent la démission de Chadli Bendjedid. L'idée de l'avènement d'un parti fort, structuré autour du FLN et rattaché à ce «cercle présidentiel», ne put s'enraciner en vue de «barrer la route» au FIS, nouveau parti dominant, eu égard à l'émiettement des autres partis d'autant plus qu'au cours du congrès du FLN, le courant «islamiste» réclama la «suppression de la mixité», l'instauration de la chariâ» et le «remplacement du français par l'anglais». Sans doute, pour calmer le jeu, M. Hamrouche avait cru bon de déclarer à l'émission «Rencontre avec la presse» (Télévision algérienne) : «S'il y a des actes de violence et d'intolérance dans la société algérienne, je ne peux mettre en cause des partis politiques car tous les partis se sont jusqu'ici placés dans le jeu de légalité démocratique et dans le respect de la Constitution» (5). En revanche, il a accusé ceux qui «détiennent 10 milliards de francs français et qui influent de façon néfaste» sur la jeunesse algérienne (6). Sur la légalisation du FIS, il a déclaré à RTL : «Nous avons amené le Front islamique, les intégristes et les fondamentalistes à discuter sur un plan démocratique... Nous étions devant un choix : entrer en conflit tout de suite ou «manager» les choses intelligemment» (7). Il est vrai que depuis son indépendance, l'Algérie ne cesse d'être le champ d'expérimentations : l'autogestion sous Ben Bella, les industries industrialisantes sous Boumediène, le libéralisme sous Bendjedid. Ainsi, l'ex-Premier ministre, M. Hamrouche, a pu dire : «Il y a actuellement une expérience un peu unique dans le monde musulman. C'est la première fois qu'un Etat, l'Algérie, reconnaît un mouvement intégriste comme un mouvement politique», ajoutant que, «Le phénomène intégriste ne date pas d'hier. Il n'est pas le produit du multipartisme. Ce phénomène existe depuis les années 60-70. Effectivement, ce mouvement a pratiquement investi aujourd'hui l'ensemble des créneaux de la société» (8).

Par ailleurs, quelques mois après l'adoption de la loi sur la libéralisation des investissements privés nationaux ou étrangers et celle de la monnaie et du crédit, la cote de confiance de l'Algérie auprès des banques internationales ne s'est pas modifiée de façon notable. Les principales dispositions de cette dernière consacrent l'extraversion de l'économie nationale, l'organisation de l'ouverture du commerce extérieur aux firmes étrangères et la consécration juridique de l'autonomie de la Banque centrale vis-à-vis du Gouvernement; d'où le risque de bicéphalisme de la politique monétaire et financière du pays. Alors que la situation était plutôt considérée comme négative, l'Algérie continuait d'emprunter «comme avant, au taux interbancaire en vigueur à Londres (Libor) majoré de 0.375 % (ou 3/8) pour tous ses emprunts à cours terme (six mois à un an)» (20). Il semblerait que cette opération soit malsaine à un triple niveau : «Elle renchérit le prix de vente aux consommateurs algériens (d'au moins 15 %); Elle aboutit au financement de produits de consommation non durables (alimentation) par des emprunts à durée plus longue (18 ou 24 mois. Elle implique une concentration des commandes auprès de puissants fournisseurs capables de peser sur leurs banquiers pour obtenir le taux plafond imposé par leur client» (9). Ainsi, à en croire M. Ghozali : «Pour donner une image fidèle de la situation financière extérieure, les réserves d'or sont de 345 millions de dollars. Il faut en déduire 130 millions de dollars, empruntés par la banque pour combler un trou et 350 millions de dollars d'emprunts liés, «SWAP», qui hypothèquent 17 % des réserves», soulignant qu'«Aujourd' hui, la décision est entre les mains de la France. Si les banques françaises décidaient, à l'instant même, de nous amener au rééchelonnement, elles ont toutes les possibilités de le faire» (10).

Quoi qu'il en soit, on constate que la nouvelle stratégie économique du pouvoir se révèle de type monétariste : autonomie à l'entreprise publique, non fixation administrative des prix, introduction de la concurrence dans le secteur public, restauration du commerce du gros (à caractère marchand), réforme bancaire et création d'une bourse, suppression du monopole d'Etat sur le commerce extérieur, accueil des investissements étrangers, adaptation du taux de change et convertibilité de la monnaie. Or, «ce type de réforme visant à surmonter des déséquilibres réels, physiques par des politiques monétaires et financières, a partout échoué» (11). On constate cet échec à un double niveau : l'inefficacité de l'appareil de production et la persistance de déséquilibres macro-économiques. Parmi les causes de l'échec, M. Hocine Bénissad, ex-ministre de l'économie relève le postulat idéologique de la prééminence de la propriété collective des moyens de production, la tardiveté de certaines mesures; ainsi, la réintroduction de la responsabilité de la Banque centrale, de la politique du crédit et de la monnaie, l'évolution négative de comptes extérieurs, la non-maîtrise des concepts inhérents à l'économie de marché. En conséquence, il y a lieu de conclure à «la pseudo libéralisation du commerce import-export... (qui) est l'antichambre d'un capitalisme aveugle... A l'exception d'une minorité privilégiée par l'argent ou ses articulations avec le pouvoir, les masses sont vouées à une paupérisation plus forte sous l'empire de la «fausse» ouverture qui se déroule présentement», tant il est vrai que : «la réforme économique exige que soient déployées de manière cohérente, pragmatique et rapide les instruments de gestion macro-économique» (12).

Un autre acteur de la vie politique de la période « chadlienne », M. Abdelhamid Brahimi, rappelle que durant la période 1967-1979, les investissements ont dépassé 300 milliards de dinars algériens... Du point de vue sectoriel, les investissements se sont d'abord dirigés vers les industries et les hydrocarbures, avec plus de 179 milliards de dinars algériens, soit 60 % des investissements... Le taux d'accumulation a atteint 40 % (l'un des plus élevés au monde) en fin de période, avec un montant global des investissements de 427 milliards de dinars algériens entre 1980 et 1985 (13). Il pense que «les objectifs fixés, en matière d'organisation de l'économie, ont été globalement atteints : planification, restructuration des entreprises, décentralisation, politique nationale des salaires (SGT)... mais que ces résultats ont été contrariés par la chute brutale du prix du pétrole en janvier 1986; situation qui s'est davantage dégradée en 1989-90 car la priorité a été donnée à la sphère commerciale au détriment de la sphère productive, l'arrêt des investissements, la dévaluation «abrupte et occultée» du dinar, le mode malheureux du choix des responsables fondé sur la cooptation et le «clientélisme» qui a abouti à la confrontation stérile des clans» (14). Aussi, préconise-t-il «les valeurs morales traditionnelles» qui ont cédé la place à un «système anti-valeurs basé sur le favoritisme, l'esprit de clan, la corruption et l'enrichissement illicite avec la constitution de fortunes colossales et un mode de vie arrogant pour les masses populaires qui supportent le fardeau de l'austérité et de l'inflation»; ainsi, les citoyens éprouvaient «un sentiment d'injustice permanente». Il ajoute qu'au niveau de la pensée économique : «Les uns et les autres sont fascinés par les constructions théoriques d'inspiration étrangère mal assimilées et mal appliquées, et les explications mécaniques» (15). La question se pose de savoir où notre ex-Premier ministre puise son inspiration. «Au plan politique et doctrinal, nous notons que la démarche de la Révolution algérienne... puise ses valeurs dans les sources profondes et inaltérables de la civilisation arabo-musulmane», indique-t-il, sans expliciter outre mesure en quoi consistent ces sources, alors que l'auteur a été ministre de la Planification et de l'aménagement du territoire, et Premier ministre - donc au pouvoir durant de nombreuses années. Dans ces conditions, peut-il être juge dès lors qu'il a été partie prenante sur la scène politique algérienne ? N'a-il pas été le «père de la restructuration» qui promettait monts et merveilles ? N'est-il pas économiste de formation (docteur en sciences économiques) et praticien : représentant de la Sonatrach aux USA et ministre ? Ne pouvait-il alors alerter l'opinion publique ? Fallait-il être hors du gouvernement pour jeter comme un pavé dans la mare l'affaire dite des «26 milliards» que «messieurs 10 %» auraient touchés à l'étranger ? Il est vrai, toutefois, que peu de responsables politiques algériens, à quelque niveau que ce soit, acceptent de se mettre à découvert alors qu'ils exercent lorsqu'ils constatent des déviations substantielles dans le fonctionnement du système politique et économique. Il y a là, d'évidence, tant d'intérêts et de privilèges à sauvegarder, les siens et ceux de sa açabya.




Vicissitudes du quotidien et état de siège




A cette situation, par trop alarmiste, viennent s'ajouter les vicissitudes du quotidien. Les denrées alimentaires, ainsi que les produits industriels, de l'électroménager aux matériaux de construction, en passant par les cigarettes pour l'année 1991 oscillent entre 50 à 200 %. Le projet du pouvoir en place a longtemps entendu restituer à la monnaie nationale sa valeur réelle (en fait, alignement du taux de change et du marché dit parallèle) et libérer les prix à la consommation. Ainsi, la hausse des cours du pétrole durant la guerre du Golfe qui s'est traduite par un supplément de recettes d'exportation - trois milliards de dollars - en 1990, ne pouvait faire illusion alors que les recettes hors hydrocarbures n'auraient pas dépassé quatre cent millions de dollars. En effet, M. Bénissad, alors ministre de l'Economie du gouvernement Ghozali, a pu affirmer que : «en dépit de l'hypothèse implicite d'un fonctionnement non satisfaisant de l'appareil de production et d'un volume d'investissement insuffisant, le «gap» en ressources extérieures, le besoin de financement pour l'extérieur reste encore important pour l'année 1991". Et d'ajouter que : «le pétrole et le gaz sont encore la chance de l'Algérie...la question de la privatisation de l'économie est encore chez nous un sujet tabou (...) Une chose est sûre : tôt ou tard, cette question sera franchement posée à l'Algérie» (16). Sur la question des hydrocarbures, l'idée «ghozalienne» de vente du quart des gisements pétroliers algériens a soulevé bien des interrogations.

Ainsi, pour M. Brahimi : «La vente des réserves de Hassi Messaoud n'est pas nouvelle, elle est d'origine étrangère... Céder ces ressources à 6 ou 7 milliards de dollars revient à dire que notre pétrole va être bradé à 7 dollars le baril au lieu de 19 dollars (prix du marché alors)... C'est la liquidation pure et simple de l'ensemble des réserves algériennes» (17). D'autres arguments furent avancés par Kasdi Merbah, alors Premier ministre : «D'abord, c'est un gouvernement de transition (celui de Ghozali). Il n'a donc pas à engager profondément l'avenir du pays sur des problèmes de cette importance. Le deuxième problème, c'est que la nouvelle Constitution du 23 février 1989, dans l'article 17, impose la propriété des sources d'énergies. Le troisième problème, c'est qu'une opération de ce genre peut être un précédent sérieux puisque, sur la base du même raisonnement, on pourra vendre d'autres richesses» (18). Il est évidemment loisible de constater que les différents Premiers ministres algériens ont successivement servi le pouvoir dans sa quête de prêter le flanc aux réalités économiques du pays. Mais, une fois libérés de leurs fonctions, ils découvrent la liberté d'expression - parfois par la plume - pour dénoncer et souvent invectiver. Ils demeurent comptables devant l'Histoire de cette construction monstrueuse qu'on pourrait désigner sous le vocable de «libéralisme spécifique» (sauvage ? Aveugle ?) et qui camoufle mal la volonté d'appropriation de la principale rente énergétique du pays par la haute hiérarchie du complexe militaro-bureaucratique constituée en technostructure gouvernante qui se révèle être un pouvoir illégitime car issue de coups d'Etat successifs.

Toujours est-il que ce pouvoir, sous les coups de boutoir d'Octobre 88, les difficultés économiques grandissantes et le manque d'imagination conjugué aux dissensions internes propres aux dirigeants se sentant aux abois, des élections locales et législatives figurèrent à l'ordre du jour en sorte que, après les affrontements entre les forces de l'ordre et les islamistes, intervint la démission du gouvernement Hamrouche auquel succéda Ghozali. Ainsi, peut-on lire dans le communiqué de la présidence de la République (du temps de Chadli Bendjedid) : «A compter de ce jour, le processus électoral en cours est suspendu et les élections législatives sont reportées à une date ultérieure»; ceci, après avoir caractérisé la situation dans le pays de «troubles à l'ordre public... les dangers d'aggravation de la situation pouvant mener le pays vers une crise majeure nécessitant des mesures répressives à grande échelle». L'état de siège fut donc décrété le 5 juin 1991. Il s'analyse comme l'octroi aux autorités militaires des pouvoirs de police; ainsi, opérer ou faire opérer des perquisitions de jour comme de nuit, interdire des publications et des réunions, restreindre ou interdire la circulation des personnes, interdire les grèves, prononcer des réquisitions de personnels, suspendre l'activité des partis...

M. Ghozali fut chargé de former un nouveau gouvernement par Chadli Bendjedid dont l'originalité fut la création d'un ministère délégué aux droits de l'homme confié à l'auteur de «La 7ème Wilaya», Ali Haroun, qui a pu dire : «Si je m'aperçois que je ne suis qu'un alibi, que l'on tient mes attributions pour quantité négligeable, je partirai» (1). A noter également que l'économie fut confiée à un professeur agrégé en sciences économiques, M. Bénissad et la santé à une femme, Mme Nafissa Lalliam. A en croire «Le Monde» : «M. Ghozali, comme on pouvait s'y attendre, a réuni autour de lui une équipe d'amis» (2). Outre sa mission des bons offices en vue d'élections législatives «propres et honnêtes», le gouvernement de Ghozali prônait la transparence et le dialogue face aux problèmes de la dette extérieure, la détérioration de la balance des paiements caractérisée par une grave baisse des réserves de la Banque d'Algérie, l'aggravation du taux d'inflation et la nette baisse du niveau de vie. Son action législative s'orienta vers la révision de la taxe compensatoire et du code de commerce, la réforme fiscale et douanière, et la mise en place de l'assurance de chômage.

Dans ce contexte, nonobstant l'arrêt du processus électoral, le FIS se fit fort de réclamer la levée immédiate du couvre-feu et l'abrogation de l'état de siège, la réintégration des travailleurs licenciés suite à la grève générale lancée par lui, la libération de ses militants et l'arrêt des poursuites judiciaires engagées à leur encontre. En réponse, Ghozali releva que les islamistes «ne craignent pas d'exploiter la misère des gens, la marginalisation et la détresse des gens», ajoutant que : «L'armée est là pour défendre la sécurité des citoyens, protéger les institutions et préserver les chances de la démocratie qui a été menacée» (3). Toujours est-il que, dans la soirée du 30 juin, MM. Abassi Madani et Ali Benhadj, ont été arrêtés pour «conspiration armée contre la sécurité de l'Etat». Entre-temps, pour éviter, semble-t-il, d'apparaître comme le représentant d'un parti et s'ériger ainsi comme arbitre, Bendjedid démissionna de son poste de président du FLN. Il déclara aux envoyés spéciaux du «Financial Times» : «Nous voulions une vraie démocratie, non une démocratie de façade» (4). Ghozali, quant à lui, indiqua : «je ne suis pas à ce poste pour liquider le FIS. Mon erreur d'ailleurs a été d'avoir perdu trop de temps à dialoguer avec Abassi et Benhadj, alors qu'ils n'étaient que minoritaires au sein du Madjliss echoura... Comment voulez-vous dialoguer avec des personnes qui n'ont pas arrêté de défier le peuple, l'Etat, la loi?» (5).

Quoi qu'il en soit, en vue de la préparation des législatives «propres et honnêtes», un bras de fer eut lieu en octobre 91 entre l'assemblée agonisante et le gouvernement relativement à la révision de deux lois électorales antérieures, chacun craignant, en toute vraisemblance, pour son avenir politique. A cet égard, dans une atmosphère de fin de règne caractérisée par une mise en scène télévisuelle, Chadli Bendjedid annonça, dans un message à la nation, la tenue d'élections législatives pour le 26 décembre 1991. Pour lui : «Parmi les aspects positifs de cette phase, il faut relever que les droits de l'homme se sont imposés, que la liberté d'expression a fait des progrès remarquables, que la séparation des pouvoirs devient, jour après jour, une réalité concrète et que la transparence caractérise, de plus en plus, le discours et l'action» ! Sur un autre registre, il indiqua que : «L'armée nationale populaire qui s'est rapidement adaptée au nouvel ordre constitutionnel et qui a récemment prouvé son attachement à la légalité constitutionnelle et aux valeurs républicaines».

Sur un autre chapitre, il déclara : «L'islam a toujours été et il demeure chez notre peuple le plus puissant des facteurs d'union et de symbiose» (6). La suite est connue. Sous réserve des observations, critiques et arguments soulevés par les uns et les autres, le premier tour des législatives consacra le FIS comme la principale force politique du pays. A l'initiative d'une partie de la société civile, réunie autour du Comité National pour la Sauvegarde de l'Algérie (CNSA), l'armée intervint pour éviter que n'ait lieu le deuxième tour des législatives. Soupçonné de préparer une cohabitation avec le FIS - faute d'une majorité présidentielle -, Chadli fut destitué-démissionné. Après maintes tergiversations, le pouvoir décida la création du Haut Comité d'Etat (HCE) dont Boudiaf prit la tête, après qu'il fut rappelé de son long exil marocain (assassiné en direct sous nos regards impuissants). Ce ne fut là sans doute qu'un intermède dans la bataille pour le pouvoir, noeud gordien de la problématique algérienne où la question de la légitimité occupe la position centrale.


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* Avocat algérien (Auteur notamment d'Institutions politiques et développement en Algérie).


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